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Historique : Orgue de La Ménitré

Un orgue de cathédrale dans une église de village.

 

L’histoire de l’orgue de La Ménitré résulte d’une série de péripéties et d’opportunités qui en ont fait un instrument doté de caractéristiques uniques.

 

La moindre d’entre elles n’est certes pas son grand buffet, d’une ampleur inattendue dans une église rurale ! Cette somptueuse façade de 49 tuyaux, avec son opulente décoration de jouées et de claires-voies chantournées, ses culs-de-lampes soutenant les 5 tourelles couronnées de statues, sa balustrade sculptée… tout ceci n’est en réalité qu’un luxueux trompe l’œil destiné à dissimuler l’instrument véritable placé en retrait et dont les 688 tuyaux sont contenus dans un grand meuble de bois ajouré, sans tuyaux de façade, adossé au mur arrière de la tribune.

 

 

Historique : Orgue de La Ménitré
Historique : Orgue de La Ménitré
Historique : Orgue de La Ménitré

 

Cette très singulière disposition, qui enclôt et protège l’ensemble du mécanisme est sans doute une des causes principales de l’exceptionnel état de conservation dans lequel nous est parvenu un instrument dont les origines remontent à 1842, ce qui en fait le deuxième orgue le plus ancien du Maine et Loire, seul témoin préservé d’une époque si rare en orgues…

 

L’orgue de La Ménitré fut originellement construit à Paris par Hulbert- dont c’est l’unique instrument connu à ce jour – pour l’ancienne église St Laud d’Angers, qui devait être reconstruite en 1868 : le nouvel orgue, érigé moins de trente ans auparavant, se révélait inadapté au volume de l’église neuve, et la paroisse de La Ménitré en fit l’acquisition.

 

Remonté sur sa nouvelle tribune par le facteur d’orgues tourangeau Louis Bonn et agrandi alors d’un second clavier, revu en 1898 par le Nantais Louis Debièrre, cet instrument devait ensuite rester absolument intact, à tel point que, jusqu’à la présente restauration, il n’était même pas muni d’une soufflerie électrique : le mur de la tribune porte toujours les signatures grifonnées par les multiples souffleurs ayant œuvré depuis des générations à chaque fois que l’orgue jouait !

 

 

Historique : Orgue de La Ménitré
Historique : Orgue de La Ménitré

Scrupuleusement restauré en 2007 par le facteur d’orgues nantais Nicolas Toussaint , l’orgue présente un certain nombre de caractéristiques techniques et sonores hors normes : il est accordé un demi ton plus haut que le diapason normal, et ce depuis son origine, comme l’atteste la tuyauterie coupée « sur le ton »selon la pratique ancienne. L’ensemble de l’instrument témoigne d’ailleurs de cette transition entre tradition et modernité : une console « en fenêtre »  comme à l’époque classique, mais retournée pour permettre à l’organiste de voir la nef, un petit clavier de Récit sans basses comme autrefois, mais dotée de jeux « à la mode » et contenu dans une des premières « boîte expressive » d’Anjou… et surtout des timbres inouïs , témoins d’une époque distante de bientôt deux siècles : un hautbois pittoresque et agreste, vivifié par un trémolo d’une vigueur surprenante, un ensemble de jeux de fond coloré par la prévalence de nombreux tuyaux habituellement étroits, un grand chœur d’une ampleur prégnante dans cette petite église.

 

Aussi, qu’on ne s’attende pas à entendre à La Ménitré un orgue comme les autres : on découvrira ici des sons qu’on ne retrouverait nulle part ailleurs.

 

Henri-Frank Beauperin  titulaire des grandes orgues de la cathédrale d’Angers